Lancement de l’indice des Fonds Souverains Africains à Accra : ABDOULAYE BIO TCHANE APPELLE A UN CHANGEMENT

Le Ministre d’Etat chargé du Plan et du Développement  a co-présidé avec  El-Hadj Muhammadu Bawumia, Vice-Président de la République du Ghana, ce vendredi 1er Juin à Accra le lancement de l’indice des Fonds Souverains africains. Cet indice élaboré par le cabinet de conseil en stratégie « Konfidants » met en évidence les grands défis qui se posent aux gouvernements africains dans la mobilisation des ressources financières nécessaires à la transformation de leur économie. Dans son allocution Abdoulaye BIO TCHANE a reconnu que les difficultés des pays émergents à avoir accès aux sources traditionnelles de financement avant d’appeler les différents pays du continent à un changement de paradigme.

Excellence Monsieur le Vice-Président de la République du Ghana,

Monsieur le Ministre des Finances et de la Planification Economique,

Monsieur le Président du Comité Exécutif de l’Initiative AfroChampions,

Mesdames et Messieurs les Responsables de Fonds Souverains et des Différentes Organisations,

Distingués Invités en vos rangs, grades et qualités,

Mesdames et Messieurs,

Je suis très honoré de prendre la parole au terme de ce Sommet consacré à un sujet d’intérêt mais aussi d’actualité pour le Continent africain. Je voudrais particulièrement remercier M. Paulo GOMES, Président du Comité Exécutif AfroChampions ainsi que Dr Edem ADZOGENU et tout le comité d’organisation. Vous ne pouvez pas être mieux avisé dans le choix de la thématique de ce Sommet à un moment où la finance, celle de qualité reste une préoccupation majeure pour les décideurs publics africains.

Ce Sommet Africain des Fonds Souverains se présente comme une occasion unique pour faire avancer la réflexion sur ce concept innovant, relativement émergent et dont les enjeux restent encore non maitrisés par le commun des africains. La question qui se pose à tous et que je voudrais amplifier ici est : comment faire jouer aux Fonds souverains leur rôle dans la transformation structurelle de nos économies.

Comme vous le savez, la plupart des Etats africains se trouvent aujourd’hui à un tournant critique en termes de financement de leur développement, tant les ambitions sont grandes, tant les besoins de financement sont importants. Je viens moi-même du Bénin, où notre Programme d’Action du Gouvernement intitulé « Le Bénin Révélé » a pour principal objectif la transformation structurelle de l’économie.

La quête des ressources nécessaires à la réalisation de telles ambitions dans nos pays se heurte de plus en plus à l’assèchement des sources traditionnelles et au durcissement des conditions d’accès. Nous sommes donc contraints de compter plus sur nos propres forces. La mobilisation des ressources intérieures est devenue récemment un enjeu croissant et crucial, touchant à nos souverainetés nationales au-delà même des questions financières.

En vue de se protéger contre la volatilité des revenus liés aux exportations des matières premières naturelles et des ressources du sous-sol, bon nombre de nos Etats ont mis en place des fonds souverains qui avaient pour mission de gérer leurs actifs financiers dans une optique de long terme. Toutefois, il a été remarqué que ces fonds sont restés longtemps tournés vers des placements extérieurs, en quête de rentabilité, au lieu de financer des investissements structurants nationaux. Seules quelques timides tentatives ont récemment été enregistrées dans ce sens, à des échelles nationales.

Les discussions au cours de ce Sommet ont fait échos à ce comportement et appelé à un changement de paradigme qui doit voir les fonds souverains jouer un rôle plus actif, plus utiles et plus efficaces dans le financement de la transformation structurelle de nos économies. Il me plait de nourrir cet aspect du débat qu’il y a eu ici. Je voudrais particulièrement mettre l’accent sur les niches de ressources qui peuvent être exploitées.

En termes de ressources, nous savons bien aujourd’hui que c’est ce qui manque le moins à l’Afrique. J’ai participé avec le Président Thabo Mbeki, en 2012, aux travaux du panel de haut niveau sur les flux financiers illicites en Afrique. Les résultats ont révélé que le continent perdait entre 50 et 60 milliards de dollars US par an, ce qui représentait plus du double de l’aide publique au développement en direction de l’Afrique. Ces résultats, qui datent de plus de cinq (5) ans, n’incluent pas les fuites de capitaux provenant des transactions commerciales des multinationales, des activités criminelles ou encore de la corruption. Vous le voyez, nous disposons des ressources, soit naturellement, soit au terme de nos échanges commerciaux. Ressources qui nous échappent encore et qui auraient pu avoir un meilleur sort dans le cadre de la quête du bien-être de nos populations.

D’un autre côté, je voudrais également insister sur les aspects liés à la vision stratégique, à la gouvernance, au contrôle et à la transparence des fonds souverains.

L’objectif d’investissement de long terme qui a prévalu à la mise en place de ces fonds, ne doit pas être sacrifié pour des besoins ponctuels et quotidiens. Il est ainsi arrivé, dans plusieurs de nos pays, que l’on puise dans les ressources du fonds pour combler un gap jugé temporaire mais auquel succède un autre gap. L’un des remparts contre cet écueil est que le cadre législatif entourant la gestion des fonds souverains les soustrait de la dictature des urgences et des agendas politiques.

Cependant, ce cadre législatif doit dans le même temps être assez souple pour permettre aux fonds souverains et aux fonds de pensions de profiter des opportunités d’investissements aux potentiels inégalés que nos marchés en pleine croissance offrent aux investisseurs. C’est un équilibre délicat à trouver, mais nous n’avons d’autre choix que d’y parvenir.

Nous avons confiance en nos capacités, nous croyons au potentiel de l’Afrique ; et il est temps que nous démontrions cela dans nos actions et dans nos investissements.

Parallèlement, la transparence et la disponibilité de données fiables demeurent un enjeu de taille, qui, s’il est bien géré, nous rapprochera de l’ambition noble de financer la croissance de l’Afrique avec les ressources africaines.

J’aime à citer Peter Drucker: « If you can’t measure it, you can’t improve it ».

Je ne sais pas combien de gestionnaires de fonds souverains ici peuvent nous dire exactement la composition de leur portefeuille et l’impact que leurs investissements ont sur leur économie nationale ou régionale; mais l’indice de fonds souverains que cette auguste assemblée a lancé ici aujourd’hui nous fournit non seulement un outil pour nous aider à mesurer cela ; mais il nous permet également de constamment réévaluer notre engagement envers nos populations et le degré de confiance que nous avons dans le potentiel de croissance de nos pays et de notre continent.

Tels sont les défis et les attentes.

La pertinence des fonds souverains pour nos Etats n’est plus à démontrer, et je suis confiant que les échanges d’expérience au cours de ce sommet nous permettent d’aller de l’avant.

Avant de terminer, permettez-moi de remercier une fois encore l’Initiative AfroChampions qui nous a rassemblés ici à Accra, ainsi que les groupes d’experts qui ont travaillé assidument sous le leadership du Dr Donald Kaberuka, mon frère et ami de longue date dont je salue ici l’engagement renouvelé pour la cause africaine.

Excellence Monsieur le Vice-Président, au nom du Président Talon, du gouvernement du Benin et en mon nom propre, je vous prie de transmettre nos sincères remerciements à son Excellence Monsieur le Président de la République du Ghana et à l’ensemble du peuple ghanéen, pour l’accueil chaleureux dont nous avons bénéficié.

Vive la Renaissance Africaine,

Je vous remercie.

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